Steen Kepp

Témoignage
«Fragments d’une réflexion sur [ses] activités de potier et de céramiste»

steenNé en 1949, l’artiste danois Steen Kepp, dont le parcours céramique se triangule entre la France, le Japon et aujourd’hui la Suède, livre ces « Fragments d’une réflexion sur [ses] activités de potier et de céramiste », dans un courrier daté de Hanaskog, en décembre 2008. Écrits sous la forme d’un monologue-examen de mémoire, émaillé de citations et justifié par des notes chronologiques et techniques, ils témoignent d’une recherche céramique exigeante, fondée sur des expérimentations en leur temps novatrices dans le monde occidental – tout comme elles avaient pu l’être dans l'archipel nippon avec Takashi Nakazato1, qui en fut le brillant initiateur en 1971 – et dont les échos, par delà même la notion d’influence, se font toujours entendre en Europe aussi bien qu’en Amérique du Nord, dans le champ des cuissons au bois yakishime – en japonais, fermer [la terre] par le feu.
C.L.

Citoyen du monde céramique, le potier cosmopolite, plus qu'à s’en faire l’interprète, est devenu plurilingue.

C’est en me promenant dans le bois que je suis entré dans ce long monologue avec mes réflexions et la mémoire de mes activités de poterie et de céramique. C’est là que je trouve la formulation de ce dont j’aimerais te parler, en toute confiance et sincérité, avec le souci d’une clarification. Je te demande de conserver cette lettre : libre à ton choix de t’en servir à publier ou pour reprendre des notes
utiles. […]  Je revendique effectivement un rôle assumé de « porteur et passeur de connaissances ». Je ne recherche ni l’originalité ni les inventions. Je suis poète. J’ai toujours travaillé sous l’influence de mes visions. Idées ou inspiration s’imposent à moi visuellement à travers des songes. Je ne crois pas à l’évidence d’une seule vie ! [Lettre inédite - Steen Kepp, 24.12.2008]

Chemin
Or, il arriva qu’un jour il s’assoupit et eut un songe.
Il lui semblait qu’il voyageait dans le royaume de Houa-siu.
Ce pays est à l’ouest de Yen-tcheou, au nord de Tai-tcheou,
À je ne sais combien de myriades de lis du pays de T’si.
On ne saurait s’y rendre ni en barque, ni en char, ni à pied,
Mais seulement en esprit.
Lie-tseu (Ve s. av. J.-C.)