Energie contraire

Toute énergie crée son contraire
Ce sont les échanges d’énergie dans la fabrication et la transformation des matières qui m’intéressent dans mon travail de céramiste. Aussi bien dans la production classique qu’avec la création personnelle.

Dans la pratique, c’est une vérité fondamentale que « Toute énergie crée son contraire ». Je pense sincèrement que le travail céramique est totalement conditionné par l’opposition des énergies.


Quelques phrases expriment l’essentiel de ma démarche, depuis toujours :
« Il appartient à la terre de cacher et de révéler les intentions qui lui sont confiées «       [Alexander Sethon dit Le Cosmopolite, alchimiste écossais décédé en 1603]

Et sous la plume du cinéaste Gérard Gendrau :
« La mémoire fait un pont entre le passé et le futur »,
« Le geste ne se souvient pas de la technique ».

Portrait-SteenJe suis très précautionneux et consciencieux sur la question de la finition de mes pièces. Rien ne doit déranger l’utilisateur, quel que soit l’usage qu’il fera de l’objet, en pratique ou en esprit. Je n’impose jamais l’expression de mes sentiments personnels à mes objets céramiques, afin de laisser au spectateur l’entière liberté de vivre sa propre expérience : une histoire sienne, fondée sur l’utilisation de l’objet ou le regard, éventuellement contemplatif, qu’il portera sur lui.  


Au travers de leur création, je vis avec mes pièces une expérience que je qualifierai de spontanée et d’intuitive. Cette expérience m’imprègne et m’appartient pour un temps forcément éphémère, tout comme l’eau d’une pièce encore humide appartient à l’œuvre en devenir, jusqu’à sa complète évaporation. Selon un processus s’apparentant au marquage homéopathique, une parcelle de cette mémoire symbolique restera accessible au connaisseur qui aurait la curiosité de la rechercher.

mishimaLa spontanéité est une expérience profonde, vécue ou observable de l’intérieur, aux antipodes de certains clichés tendant à la sacraliser au prétexte qu’elle serait la condition sine qua non d’une création de qualité : elle n’est pas quelque chose que l’on fait avec les mains ! Ce phénomène, lié en France aux années 80-90, me semble avoir durablement installé confusion et mélange des genres entre expérience personnelle – voire intime – et opération de grande communication, entre la cuisson des grands fours couchés, par exemple, et le « barbecue show » des spectacles festifs. Il n’y a pas, à mes yeux, d’intérêt à exposer le privé en public. L’important n’est-il pas ce qui se passe dans le four ?

J’ai été conduit à la poterie par le feu.
Dans un four de potier, le feu n’est pas un élément destructeur : il se fait porteur de sens grâce à la  transformation des matières. C’est bien sûr excitant et l’on peut certainement parler d’une purification transcendant l’état personnel. Une magie pour l’esprit ! Mais s’agissant des pots, le moyen d’obtenir un certain résultat attendu, désiré. L’« accident de feu » [en japonais, yohan] est en quelque sorte cultivé par la cuisson yakishime.

La pièce crue n’étant ni transportable ni fonctionnelle, il ne saurait y avoir, sans la cuisson, de communication à travers l’objet céramique.

Une céramique réussie est une pièce dont la sincérité doit signer chaque étape, chaque phase de sa création.

L’esthétique n’est d’aucune importance dans la question de la réussite.

J’admire les céramistes qui travaillent hors esthétique, en accord avec leur logique intérieure et dans le respect constant des exigences du matériau.